Cultes-Cantates

Les cantates, prédications musicales

« Bach transforme en église chaque maison où l’on chante sa musique. » F. Mendelssohn

Cette citation, qui est à rapprocher de Matthieu 18 :20 « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux, dit le Seigneur. » définit le statut ontologique de la musique sacrée chez les protestants : l’œuvre musicale est un second Évangile, une seconde exégèse, un nouveau commentaire des textes, délivrant le message sous une autre forme et apportant une nouvelle dimension à sa compréhension.
C’est ainsi que la Cantate devint au 17ème siècle l’ADN du luthéranisme, ce genre musical  réunissant deux caractéristiques essentielles à la transmission de la Foi luthérienne :
*L’écriture, dans ses livrets, de nouveaux textes spirituels, paraphrases des Écritures permettant de commenter ces dernières selon un double niveau de lecture : littéraire et musical
*L’alternance entre commentaires (Aria) et participation communautaire (chorals luthériens[1])
[1] Le choral luthérien est la clef de voûte de culte : il permet de placer sur un pied d’égalité tous les fidèles et de les faire participer, de la même façon, au rituel. Les chorals luthériens s’inspirèrent d’une pratique médiévale de chant paraliturgique lors des processions appelés les Leise (chaque chant se terminait alors par Kyrie Eleison, qui contracté devint Kyrieleis puis Leis pour les désigner).

Le texte
La Cantate ou les Écritures dévoilées : la fille du piétisme  
« Ce que sont les Grands d’Espagne (…) les Cantates le sont en musique. Elles sont incomparablement parfaites et tant, pour le poète que pour le musicien, il n’existe pas de genre plus beau. C’est le chant au-dessus de tous les chants. » Neumeister
La Cantate, l’une des grandes révolutions de la musique baroque, et le protestantisme n’ont, au départ rien en commun. Née en Italie en 1618 avec le recueil de Grandi, la Cantate italienne est profane et se résume à un enchaînement d’airs et de récitatifs. Comment devint-elle, en un siècle, le genre indubitablement lié au luthéranisme ? 
Cette transformation ne put, en outre, se faire qu’en dépassant deux interdits :
*Premier interdit, le texte : écrire et chanter des textes qui ne sont plus des citations des Écritures mais des paraphrases libres
*Second interdit, la musique : écrire et chanter de la musique dont le style est « profane », autrement dit clairement « opératique ».
A ces deux questions, le catholicisme apporta une réponse extrêmement claire depuis la Contre-Réforme, interdisant ces pratiques[1]. Or, il est justement à noter que ces interdits n’empêchèrent jamais les compositeurs d’écrire de la musique sacrée, démontrant que cela relevait pour eux d’une nécessité impérieuse[2]. Les œuvres sacrées du répertoire catholique devinrent ainsi des oratorios[3], donnés dans le cadre de Concerts Spirituels. Néanmoins, ces règles aboutirent, in fine à la séparation réelle entre musique et catholicisme, la substitution de l’art à la religion étant ainsi défendue dès le 19ème siècle par Goethe, Beethoven et Wagner.
Du côté protestant, la réponse fut toute autre. La raison nous est apportée par le contexte de bouillonnement confessionnel et intellectuel de l’Allemagne d’alors. La Cantate luthérienne est ainsi la conséquence de choix opérés directement par les théologiens piétistes du 17ème siècle – et notamment de Neumeister – qui virent dans ce genre le moyen d’expression idéal de leur Foi. Dès lors, nous observons un genre musical se transformer sous nos yeux et, de profane devenir sacré.
[1] C’est ainsi que jusqu’au 19ème siècle, seuls les motets sur des psaumes et la musique grégorienne furent autorisés lors des Messes.
[2] Pensons à Mozart, dont la plus grande Messe ne fut pas une commande.
[3] Le terme d’oratorio provenant justement de l’Oratoire Saint-Philippe Néri, lieu d’effervescence théologique et musicale catholique.

Les livrets de Cantate : paraphrases piétistes
Le piétisme, né à Strasbourg puis emporté en Saxe par Spener, souhaitait faire de la Foi une affaire personnelle, renouant avec une piété individuelle basée sur la pratique des Écritures et reniant ainsi toute implication d’un clergé dans une sphère temporelle. Il souhaitait responsabiliser le fidèle en l’incitant à ne pas « recevoir » les textes uniquement lors du culte et uniquement par l’intermédiaire d’un clergé mais à se prendre en main pour se forger sa propre pensée. De ce mouvement, naquit la volonté de connaître le véritable sens des écritures et d’être ainsi « éclairé », le mot Aufklärung étant justement employé pour la première fois par un théologien piétiste, J.K. Dippel.
Pour y arriver, l’écriture de paraphrases des Écritures était nécessaire, c’est ainsi que Neumeister rédigea près de 700 textes qui furent les livrets de cantates. Dès lors, il n’est possible d’avoir une analyse juste et parfaite de ces dernières qu’en ayant à l’esprit leur caractère hautement signifiant ; à chaque instant, il s’agit de chanter pour dire quelque chose « en vérité », c’est-à-dire pour transmettre un message.

La musique
Du théâtre à l’église : un opéra sacré
Pomme de discorde sur son contenu textuel, il en alla de même pour son style musical. En effet, la Cantate allemande sacrée est, dès ses origines, définies comme « un morceau d’opéra » (préface du 1er recueil de Cantates de 1704). S’en suivirent immanquablement plusieurs décennies de débats entre orthodoxes et réformateurs sur la place d’un tel style « profane » dans un temple. Devait-on le permettre ou l’interdire comme les catholiques ? L’Allemagne du 18ème siècle fut imprégnée d’opéra italien, les maisons opératiques fleurissaient et la plupart des grands compositeurs étaient à la fois KapellMeister et directeurs d’opéra. Ce point aida considérablement la cause des réformateurs, qui grâce à des appuis tels ceux de Mattheson ou Telemann eurent gain de cause. Le style opératique de la Cantate accepté, son développement fut alors exponentiel.
La Cantate devint alors la démonstration que musique et religion pouvaient être, non seulement, parfaitement complémentaires mais surtout indissociables car consubstantielles ! C’est cette posture qui fit dire à Nietzsche en écoutant la Passion selon Saint-Matthieu que « Quiconque a totalement désappris le Christianisme entend véritablement ici comme un Évangile. »

Légendes des illustrations : portraits de Spener et Grandi, manuscrit de la Cantate BWV11 de J.S. Bach, portrait de Neumeister.

Programme des prochains cultes-cantates de SAINT-GUILLAUME
En quelques mots…

Saint-Guillaume représente à la fois un lieu d’histoire et un lieu de vie tourné vers l’avenir au cœur de Strasbourg.

L’accueil, la convivialité, la culture du débat et une lecture ouverte et critique des textes bibliques en fonction de l’actualité représentent des priorités pour le Conseil presbytéral.

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