Le relief polychrome de l’église Saint-Guillaume est une œuvre anonyme à rapprocher de la production rhénane des années 1500-1510 d’artistes comme Veit Wagner. La scène représentée, la conversion de saint Guillaume, montre qu’il s’agissait pour le couvent guillemite de Strasbourg d’une œuvre emblématique, peut-être conçue comme retable pour son autel majeur.

Dans le détail, le sculpteur a confondu la vie de deux personnages, Guillaume de Malavalle, d’une part, fondateur au XIIe siècle de l’ordre des Guillemites, son contemporain Guillaume X d’autre part, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers. Ce dernier, après s’être rebellé face à l’autorité du pape Innocent II, rencontra en 1135 Bernard de Clairvaux, se convertit, adopta l’habit de pèlerin pour se rendre à Compostelle, et mourut en chemin en 1137.

Le thème retenu, celui d’un grand seigneur et chef de guerre abandonnant le pouvoir et l’état militaire pour la vie consacrée, est donc un appel à la conversion d’autant plus intéressant qu’il s’adressait à une Europe à la veille de la Réforme.

La scène se lit de gauche à droite. Le saint s’est dépouillé de son armure, a attaché son cheval d’arme et son épée à un arbre. Au centre deux faivres, un maître et son apprenti, lui rivent à même le corps sa cote de maille, qu’il portera ainsi pour le reste de sa vie, en signe de pénitence. A droite, un pieux ermite, portant sur l’épaule un oiseau, symbole de piété, s’apprête à accueillir Guillaume pour sa vie nouvelle et à le revêtir du manteau de pèlerin qu’il tient sur le bras gauche. Guillaume conserve enfin son heaume en tête, ce qui est une convention iconographique « parlante » (Wil-helm) destinée à permettre au public de le distinguer d’autres saints religieux dans les cortèges de bienheureux.

En arrière-plan, une architecture vient rappeler l’église de Parthenay au seuil de laquelle se serait déroulée la rencontre avec saint Bernard. Toutefois, en reproduisant des harpages de grès et des lucarnes en T, les artistes ont manifestement voulu évoquer également l’église strasbourgeoise, telle qu’édifiée de 1301 à 1307, pour laquelle était livré ce relief.

Quoique n’ayant souffert ni des guerres, ni de la Révolution ou de l’iconoclasme, ce panneau semble être parvenu au milieu du XIXe siècle dans un piètre état. Schneegans écrit en effet que la sculpture était en 1847 « toute rongée par les vers » et « en assez piteux état ». « On la soumit, ajoute-t-il, à une restauration, ou plutôt une simple réparation » entreprise par Oster, un peintre strasbourgeois « lequel s’en est acquitté d’une manière digne d’éloge ». Cette restauration témoigne en réalité des techniques et du goût de son époque, la sculpture ayant alors été consolidée par une épaisse couche de masticage, puis repeinte d’aplats de peinture à l’huile, très couvrante, dissimulant en grande partie les reliefs, la tendresse des nuances et les jeux de lumière. C’est également à la restauration d’Oster qu’est dû l’encadrement actuel, noir et or, de style néo-gothique.

En 1971, le relief de Saint-Guillaume, reconnu comme une œuvre majeure par la commission supérieure, a été classé au titre des monuments historiques. Dans les années 2000, ayant souffert de l’humidité, elle est proposée pour une intervention en conservation. Les sondages réalisés, révélant la présence sous-jacente d’une grande partie de la polychromie d’origine, a tempera, c’est en définitive une opération de restauration qui a pu être conduite, nous offrant de redécouvrir les teintes et le modelé originaux.

Louis-Napoléon Panel, Conservateur des Monuments historiques

En quelques mots…

Saint-Guillaume représente à la fois un lieu d’histoire et un lieu de vie tourné vers l’avenir au cœur de Strasbourg.

L’accueil, la convivialité, la culture du débat et une lecture ouverte et critique des textes bibliques en fonction de l’actualité représentent des priorités pour le Conseil presbytéral.

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